LinkedIn et Lynda, le mariage du siècle ?


Par Isabelle Vrilliard | le vendredi 24 avril 2015 | Réseaux sociaux
LinkedIn et Lynda, le mariage du siècle ?

Lynda, l'une des stars du e-learning aux Etats-Unis, vient d’être rachetée par LinkedIn pour 1,5 milliard de $. Un montant colossal à la hauteur des enjeux business, mais aussi de la mutation que connait le monde de la formation.

Qui est Lynda, la plus grosse acquisition de LinkedIn ?

Lynda propose depuis 1995 des formations en ligne orientées design, business et nouvelles technologies : 5 700 cours, 255 000 vidéo, 5 millions d’utilisateurs, 150 M$ de CA en 2014 à +20%, une rentabilité atteinte dès 1997 et un total de fonds levés de 289 M$. LinkedIn a sans aucun doute recruté sur les bases d’un CV solide.
Donc, LinkedIn casse la banque et rachète Lynda pour 1,5 milliard de $. C’est-à-dire pour un montant supérieur à la somme de toutes ses autres acquisitions. A ce prix-là, il ne peut pas s’agir uniquement d’une belle complémentarité. LinkedIn connecte les professionnels en quête d’opportunités, Lynda connecte les professionnels aux formations nécessaires pour saisir ces opportunités ; dire que leurs missions sont naturellement en phase va de soi. S’interroger sur les motivations stratégiques et les possibles impacts sur les ed-tech (educational technology) demande un peu plus de caféine.

Contenus payants. Vidéos. Etudiants.

Un site dont l’internaute paye le contenu - de 25 à 37 $ par mois pour un accès illimité à des formations que l’on suit à son propre rythme - ça fait plus d’un envieux. Un potentiel de clients totalement captifs de 350 millions d’internautes, c’est-à-dire les membres de LinkedIn qui pourraient vouloir s’offrir ces cours en ligne pour se donner un meilleur profil, c’est brillant. Et il ne s’agit pas uniquement des internautes.
Lynda réalise 2/3 de ses revenus auprès des individus et 1/3 auprès des entreprises. LinkedIn réalise 60% de son CA avec des solutions de recrutements. Donc si l’on admet que ses premiers clients sont les recruteurs et managers qui embauchent, on comprend que LinkedIn veuille maîtriser la chaîne du recrutement, en passant aussi par la formation, pour permettre à ses recruteurs de trouver les meilleurs candidats dans son réseau. C’est là que Lynda intervient : non seulement LinkedIn a de quoi développer les compétences de ses membres, mais il pourrait aussi vendre des nouveaux services à ses clients corporate.

Cerise sur le gâteau, le contenu qui fera consommer plus de LinkedIn est pour l’essentiel de la vidéo. Référencement, viralité, espace publicitaire prémium : la vidéo est devenue le contenu roi du web. Pour preuve, citons le chiffre de 300 heures de vidéo uploadées sur Youtube chaque minute. Si.

Les étudiants enfin, ils sont sur Lynda. La plateforme collabore avec 40% des universités américaines qui utilisent ses cours en complément de leurs propres cursus. Cette source fraiche de profils intéresse naturellement LinkedIn, en particulier les étudiants qui s’apprêtent à entrer sur le marché de l’emploi.

Réinventer les formations diplomantes

Pour certains, LinkedIn pourrait avoir tué le marché des ed-tech. Qui voudra investir autant dans les autres grands noms du secteur et se confronter au géant LinkedIn ? Différentiation et innovation devront être au rendez-vous.

Or l’innovation, elle semble pour l’instant entre les mains de LinkedIn. Dès novembre 2014, le réseau a lancé son “programme de certification en ligne" auprès de ses membres et de ses partenaires, dont Lynda. Lorsque LinkedIn vous dit que “en moyenne un profil avec certification est 6 fois plus vu” comment voulez-vous ne pas plonger ? Le formateur y voit sa publicité, le membre voit dans le cours et son certificat l’opportunité de sortir du lot.

Mais le sujet du cours certifié sur LinkedIn va plus loin qu’une stratégie marketing. Il questionne tout l’enseignement supérieur. Aux Etats-Unis les universités sont très chères, délivrent des diplômes reconnus ou non, mais pas toujours explicites sur le savoir-faire du diplômé. De plus, les vieilles institutions n’ont pas toujours su s’adapter au rythme des évolutions technologiques d’un marché global, demandant aux candidats des compétences spécifiques que l’on n’apprend pas en classe. Or, qui sait quels recruteurs cherchent quelles (nouvelles) compétences pour quels jobs ? et quelles universités ou formations en ligne délivrent ces compétences, avec quel succès professionnel à terme chez ses diplômés ? Personne mieux que LinkedIn.

Déceler des tendances, faire créer des modules de cours en conséquence - la marque LinkedIn est suffisamment forte pour en assurer la crédibilité - les rendre physiquement et financièrement accessibles à tous, professionnels, candidats, recruteurs ou institutionnels, voici de vastes projets pour LinkedIn. Ce réseau social américain, dont la capitalisation boursière vient de dépasser les 30 milliards de dollars, en possèdant la base de données la plus grande et la plus fiable, pourrait encore aller plus loin. Ne sera-t-il pas le mieux placé demain pour résoudre l’équation de l’employabilité des individus ?

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