"Beaucoup de start-ups RH sont très faibles, faute de financement", Grégory Herbé


Par Gaëlle Fillion | le vendredi 09 février 2018 | Site emploi spécialisé
"Beaucoup de start-ups RH sont très faibles, faute de financement", Grégory Herbé

Début janvier, Grégory Herbé annonçait la fin de son aventure MyJobCompany, le site de recrutement par cooptation qu’il a lancé en 2011. L’entrepreneur (par ailleurs co-fondateur du LabRH) nous explique les raisons de cet échec, partage sa vision de l’état du marché des start-ups RH… et dévoile son nouveau défi pour le recrutement des développeurs : Nexten.io.


Que va devenir MyJobCompany, dont vous êtes l’ancien CEO ?

En septembre dernier, nous nous sommes mis sous protection de la justice, en redressement judiciaire. Des discussions sont en cours avec un repreneur. Ce n’est plus moi qui décide. Cette reprise concerne la marque MyJobCompany, la technologie, la communication notamment sur les réseaux sociaux et quelques personnes dans l’effectif.

Votre entreprise semblait pourtant avoir trouvé son modèle…

Nous avons créé MyJobCompany avec l’objectif d’industrialiser la cooptation à travers une plateforme. Les choses ont eu du mal à démarrer…nous avons difficilement levé 400 000 euros au bout de 2 ans. Nous avons alors opté pour un modèle hybride : un site d’annonces de cooptation adossé à un backoffice de cabinet de recrutement. Nous avons aussi créé un produit prépayé, Premium, très réduit en termes de coût, destiné aux PME qui n’ont pas les moyens de faire appel à un cabinet traditionnel. Nous avons connu une excellente progression, ce qui ce qui nous a permis de lever 1 million d’euros auprès de business angels fin 2015.  Nous sommes passés de 8 à 30 collaborateurs rapidement et notre CA a bondi de 300 K€ en 2015 à 1.8 M€ en 2016.

Que s’est-il passé en 2017 ?

Nous nous sommes fortement diversifiés et à grands risques. En 2012, Pole emploi nous a sollicité pour accompagner sa modernisation. D’autres grandes entreprises ont suivi. Cette diversification dans le consulting nous a demandé beaucoup d’énergie ; la co-création du LabRH nous a donné une grande visibilité ; les projets sont arrivés en masse et nous avons rapidement été sous l’eau. Nous avons rentré énormément de commandes d’institutions publiques fin 2016. Bref, nous avons joué avec le feu et nous nous sommes brûlés. Nous avons eu une petite crise de gouvernance avec mes associés : je voulais me concentrer sur le recrutement tandis qu’ils ne voulaient faire que du consulting. Cette opposition sur la stratégie a entraîné le départ d’éléments clés de l’équipe, début 2017. Puis nous avons été pris dans le manque de cash…

Cette expérience augure-t-elle d’autres échecs inattendus sur le marché des start-ups RH ?

Je constate que le financement de l’innovation RH, au sens large, est inexistant. On peut remercier les business angels de financer des initiatives : c’est grâce à eux que de nombreuses start-ups peuvent se lancer. Mais ensuite, il n’y a plus personne. Car dans les RH, il est beaucoup plus complexe d’industrialiser des process que dans d’autres secteurs. Il est par conséquent compliqué de scalabiliser et donc difficile de rassurer les investisseurs. Dans cet écosystème, il y a des entrepreneurs brillants intellectuellement et puissants sur le plan marketing mais beaucoup de start-up RH sont très faibles aujourd’hui, faute de financement. A titre personnel, je pense que le LabRH pourrait être une solution s’il se transformait en fonds.

Vous venez de rejoindre Nexten.io : en quoi cela consiste ?

Je me suis associé à l’entrepreneur luxembourgeois, Eric Busch. L’IT est extrêmement pénurique au Luxembourg, où se trouve par exemple le siège européen d’Amazon. Nous partons du constat qu’il est quasiment impossible pour un recruteur de parler avec des développeurs aujourd’hui : ils ne répondent plus aux annonces ni aux mails, ils ne vont plus aux hackathons, etc. Mais dès lors qu’ils acceptent d’échanger, ils ne se laissent pas moins convaincre que d’autres professions. Nexten a voulu créer un espace pour faire se rencontrer à nouveau l’entreprise et le développeur. La plateforme, qui sera live en mars, est un espace neutre, une sorte de zone démilitarisée, où le développeur peut rester anonyme. Nous avons déjà une communauté de 8000 développeurs. Je m’occupe de l’arrivée de Nexten en France.

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