Neuvoo lève 36 millions d’euros pour rattraper Indeed


Par Aurélie TACHOT | le jeudi 19 septembre 2019 | Site emploi généraliste
Neuvoo - DR
Encore inconnue en France, la start-up québécoise Neuvoo devrait rapidement faire parler d’elle. Déjà parce qu’elle boucle une levée de fonds de 36 millions d’euros auprès de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Ensuite parce qu’elle marche sur les plates-bandes d’Indeed en agrégeant jusqu’à 35 millions d’offres d’emploi. Quelles sont les ambitions du petit nouveau, arrivé sur le marché des sites emploi « de manière insouciante » ? En quoi se différencie-t-il du géant Indeed, qui reste le plus populaire ? Les réponses de Grégoire Deleneuville, associé.

Quelle est la genèse de Neuvoo ?

En 2011, le fondateur de Neuvoo Benjamin Philion a souhaité quitter le domaine de la finance et changer d’orientation professionnelle. En menant ses recherches d’emploi depuis le Québec, il s’est aperçu qu’aucun site ne rassemblait toutes les offres d’emploi du marché, mis à part Indeed qu’il n’avait pas encore identifié à l’époque. En s’associant avec Maxime Droux et Lucas Martinez, il a décidé de créer un agrégateur d’offres d’emploi de manière assez insouciante puisqu’ils apprenaient tous les trois ensuite que le marché des sites emploi était déjà extrêmement concurrentiel ! Pour autant, la présence d’Indeed, ne les a pas freinés : ils savaient, au vu du nombre de jobboards existants, qu’il y avait de la place pour d’autres acteurs comme Neuvoo. La preuve : le site s’est ouvert dans 77 pays, y compris dans ceux où Indeed n’était pas encore présent, comme l’Égypte.  

En quoi Neuvoo se différencie-t-il d’Indeed ?

Comme Indeed, Neuvoo est un moteur de recherches d’offres d’emploi. La différence, c’est qu’il indexe et centralise un plus grand volume d’offres d’emploi, issues des sites carrières des entreprises, des sites des cabinets de recrutements, des sites emploi partenaires… Cela s’explique par le fait qu’il y a quelques années, la stratégie d’Indeed a été de ne plus diffuser les annonces des jobboards. Cette décision l’a finalement coupé d’une importante source d’offres d’emploi. Résultat : aujourd’hui, Neuvoo dénombre entre 30 et 35 millions d’offres d’emploi, contre 15 à 20 millions pour Indeed. L’autre facteur de différenciation, c’est le contenu. Depuis deux ans, Neuvoo développe des outils qui permettent d’aider les candidats dans leurs recherches, notamment un moteur de recherche d’offres par salaire, un module pour calculer les déductions des taxes dans tous les pays, une base de données issue d’une étude de l’Université d’Oxford sur les métiers susceptibles d’être remplacés par un robot d’ici 2030…

Le modèle économique est-il similaire ?

Oui, le business model est le même qu’Indeed : il repose sur le paiement au clic. L’indexation des offres d’emploi sur le site est gratuite : c’est à chaque fois qu’un candidat consulte le lien d’une annonce que la monétisation est engagée. Nos tarifs, qui se basent sur un système d’enchères, sont calculés en fonction du nombre d’annonceurs : plus il y a d’annonceurs, plus la compétition entre eux est élevée et plus le coût par clic sera important. Quoiqu’il en soit, ils restent inférieurs à ceux d’Indeed.

Vous venez de boucler une levée de fonds de 36 millions d’euros. Comment allez-vous utiliser ce capital ?

Cette première levée de fonds a été réalisée auprès de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il nous semblait intéressant de nous entourer d’un des plus gros fonds institutionnels du Canada, notamment pour l’immensité de son réseau. Ce capital va nous permettre d’être plus agressif dans notre croissance. Nous allons pouvoir améliorer notre trafic en lançant des actions de marketing et de publicités en ligne, voire même des actions de communication sur des canaux offline. Aujourd’hui, Neuvoo dénombre 70 millions de visites par mois à travers le monde et cible 100 millions de visiteurs mensuels d’ici janvier 2020. Ce capital va également nous permettre de développer de nouveaux outils. Notre ambition n’est pas de rester un agrégateur d’offres, mais de devenir une plateforme. En ce sens, nous allons lancer des outils sur le coût de la vie dans les différents pays, afin d’aider les candidats à se projeter à l’étranger, alors que le marché de l’emploi est désormais globalisé.

Où en est Neuvoo dans son développement ?

Neuvoo a été une entreprise profitable seulement deux ans après son lancement, en 2013. Ses revenus croient aujourd’hui très rapidement. En 2017, notre chiffre d’affaires s’élevait à 6 millions de dollars américains. En 2018, il grimpait à 20 millions. En 2019, il devrait atteindre les 50 millions. Au total, nous embauchons 150 personnes : 50 au siège à Montréal, 50 en Colombie, où notre équipe IT et une partie de notre équipe R&D sont installées, 20 dans notre bureau européen en Suisse. Le reste de l’effectif est réparti à Paris, où nous avons ouvert un bureau début 2019 et à Londres ; l’Angleterre et la France étant nos deux marchés principaux en Europe, juste devant l’Allemagne, où nous prévoyons également de nous installer. En France, Neuvoo se place déjà dans le Top 5 des plus gros sites d’emploi, avec plus de 3,5 millions de visites mensuelles.

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