Avec l’analyse sémantique, l’Apec rapproche CV et offres d’emploi


Par Xavier Biseul | le mercredi 11 octobre 2017 | Site emploi cadres
Avec l’analyse sémantique, l’Apec rapproche CV et offres d’emploi

Les CV seront peut-être bientôt étudiés par un algorithme d’intelligence artificielle ! La preuve avec l’Apec, qui vient de se doter de la technologie d’analyse cognitive d’Expert System pour croiser les compétences mentionnées dans ses offres d’emploi et les savoir-faire des candidats. Une automatisation rendue indispensable au regard des volumes à traiter.

Comment rapprocher l’offre et la demande sur le marché de l’emploi ? Cette question du matching se pose à tout acteur de recrutement et plus encore quand on brasse de gros volumes de données comme l’Apec. Pour la seule année 2016, l’Association pour l’emploi des cadres a publié plus de 690 000 offres d’emploi, qu’elle a dû croiser avec les 330 000 CV disponibles sur la même période. Pour traiter un tel flux d’informations, elle a décidé d’automatiser ses process en recourant à la technologie d’analyse cognitive d’Expert System, qui revendique plus de 300 clients (BNP Paribas, Sanofi, Total…). Dans ce projet, encore en cours de déploiement, sa solution, baptisée Cogito, extrait automatiquement les compétences d’un CV. Ce qui permet d’aller beaucoup plus loin qu’un moteur de recherche fonctionnant par index ou mots-clés.

Le contexte et l’ordre des mots analysés

La particularité du moteur d’analyse sémantique développé par l’éditeur italien, c’est qu’il prend en compte le contexte de la phrase tout comme l’ordre des mots. La phrase « Rien ne vaut la société X » a un sens opposé à celle formulée de la façon suivante : « La société X ne vaut rien ». Une approche qui a son importance. « Un CV n’est pas un document structuré, sa rédaction ne répond à aucune normalisation, explique Alain Biancardi, vice-président ventes d’Expert System France. Le candidat est plus ou moins précis dans la description de ses compétences. Il peut aussi commettre des fautes d’orthographe. » Concrètement, le système remonte une possibilité d’adéquation entre le CV et l’offre d’emploi sous forme de scoring laissant in fine la main à l’homme qui validera ou non cette suggestion. Cette intervention humaine est indispensable : un « acheteur d’un marché asiatique » ne signifie pas nécessairement qu’il s’agisse d’un expert ayant exercé en Chine. Pour comprendre le « sens » d’un texte, Cogito s’appuie également sur un graphe de connaissances qui relie les mots entre eux selon leur signification, leur genre grammatical ou leur parenté sémantique. Cette base est enrichie par le corpus lexical spécifique à l’Apec. A savoir ses fiches métiers et son référentiel interne.

Les données confidentielles rendues anonymes

L’autre avantage pour l’Apec, c’est l’analyse de conformité juridique du contenu d’une offre d’emploi, un élément clé au regard notamment de la CNIL. L’annonce peut mentionner le nom de l’entreprise, son secteur d’activité, la nature de l’emploi, la qualification requise mais pas le sexe ou l’âge du candidat recherché. « La solution permet d’anonymiser ces informations sensibles, confirme Alain Biancardi. Il est aussi possible de masquer une aspiration politique ou une orientation religieuse pour peu que le candidat ait, par exemple, indiqué sur son CV faire partie d’une association catholique. » Enfin, dernier atout : l’analyse sémantique peut fournir de précieuses données statistiques à la direction des études de l’Apec comme le délai de retour à l’emploi pour un bassin géographique ou une typologie de poste donné. De quoi mieux anticiper les besoins des entreprises.

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