Google enterre son logiciel de candidatures


Par Aurélie TACHOT | le jeudi 26 septembre 2019 | Réseaux Sociaux
Google for Jobs est-il vraiment menaçant ? - D.R.
Deux ans après son lancement aux États-Unis, Google Hire est déjà une histoire ancienne ! Le géant californien a annoncé, en août, faire une croix sur son logiciel de candidatures à partir du 1er septembre 2020. Un abandon qui est imputé à la difficulté de capter le marché des petites entreprises auquel l’outil s’adressait, d’après les observateurs du marché.

Google Plus, Google Buzz, Google Reader, Google Trips… La firme américaine Google, adepte de la méthode itérative, n’a jamais hésité à abandonner certains de ses services quand ils ne rencontraient pas leur public. Le logiciel de suivi de candidatures Google Hire s’apprête à rejoindre le cimetière numérique du groupe. « Bien que Hire ait été un succès, nous concentrons désormais nos ressources sur d’autres produits du portefeuille Google Cloud », indique Google, dans un communiqué. L’ATS avait vu le jour aux États-Unis en 2017 dans le cadre du programme Google for Jobs, suite au rachat de la société Bebop en janvier 2016 par Alphabet (la maison mère de Google) pour 380 millions de dollars. Contrairement au service d’agrégation d’offres d’emploi Google for Jobs, qui a été lancé en juin dernier en France, l’ATS Google Hire n’était pas encore déployé en France et venait de l’être au Royaume-Uni.

Le marché des PME difficile à appréhender

Le logiciel Google Hire était accessible aux entreprises utilisant la Google Suite. Commercialisé entre 200 et 400 dollars par mois, il était plutôt dédié aux petites et moyennes entreprises, historiquement consommatrices de la suite applicative de Google, notamment de la messagerie Gmail. « Le marché des PME et des ETI n’était certainement pas assez rentable en termes d’acquisitions et de chiffre d’affaires pour un géant comme Google, qui cherche des leviers de croissance proche du milliard, non du million de dollars », décrypte Laurent Cebarec, consultant en recrutement digital. Un avis partagé par Laurent Brouat, CEO de L’École du Recrutement. « Le marché des petites entreprises demande beaucoup d’investissements car il est morcelé et composé de nombreux acteurs. Pour Google comme les autres, il y a peu de valeur à prendre et la part du gâteau est faible », confirme-t-il. Pour preuve : « en France, les seuls acteurs qui parviennent à adresser ce marché sont des groupes comme HelloWork, Monster et Figaro Classifieds. Ces derniers, qui ont développé leur propre ATS, disposent d’importantes forces commerciales capables de faire du porte-à-porte en vendant avant tout des services de jobboards », constate-t-il.

Excel reste l’outil numéro 1

Le manque de maturité des PME et des ETI sur le recrutement digital explique également la décision de Google. « Le 1er ATS des PME en France, c’est la feuille Excel. Même si le RGPD interdit désormais l’usage d’Excel pour gérer les candidatures, les petites entreprises ne changent pas encore leur mode de fonctionnement », rappelle Laurent Brouat. « Les PME ne relient pas encore le recrutement à leurs enjeux business », note Hervé Solus, CEO de DigitalRecruiters. Outre-Atlantique, plusieurs acteurs anglo-saxons ont toutefois relevé de défi. « Aux États-Unis, il existe plusieurs logiciels de candidatures intéressants pour les PME et les ETI, notamment Workable et Lever qui, en plus d’être pratiques, sont orientés CRM. Par rapport à Google Hire, ces deux logiciels proposent une logique de spécialisation qui est plus proche des attentes des petites et moyennes entreprises », estime Laurent Cebarec. La fermeture de l’ATS de Google sera effective le 1er septembre 2020. Un service support sous la forme d’une FAQ est disponible pour les clients.

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