« Les nouvelles régulations mettent en péril certains organismes de formation »


Le jeudi 27 juin 2019 | Réforme formation
"Les nouvelles régulations mettent en péril certains organismes de formation" - D.R.
Fort d’un chiffre d’affaires consolidé de 200 millions d’euros en 2018, le groupe Cegos se positionne aux avant-postes du marché de la formation professionnelle. L’organisme de formation, qui enregistre une croissance de 7 % en France, tire son épingle du jeu dans un contexte de transformations et de réformes

Les explications de José Montes, président du groupe Cegos.

Quel bilan dressez-vous de l’année 2018 ?

Le bilan de l’année 2018 est positif. Le groupe a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 200 millions d’euros, en croissance de 5 % par rapport à 2017. L’Ebitda du groupe s’est élevé à 20,8 millions d’euros, contre 16,4 millions en 2017, ce qui prouve que nous avons réussi à transformer notre croissance en marge. En France, le chiffre d’affaires a progressé de 7 % pour atteindre 135 millions d’euros. La prise de commandes a véritablement augmenté à partir du mois de mai 2018. Ce dynamisme semble se poursuivre en 2019. Pourtant, notre marché est en pleine phase de consolidation. La situation économique n’est pas favorable : le marché est en attente de l’application de la loi « Avenir professionnel ». Les nouvelles régulations mettent en péril certains organismes de formation. Certains de nos confrères souffrent, notamment ceux qui dépendent des subventions publiques. Pour notre part, nous visons, en 2019, un chiffre d’affaires consolidé de 210 millions, soit une croissance de 5 %.

Comment expliquez-vous ces résultats ? 

Nous attribuons ces résultats à deux facteurs. Le premier, c’est notre discours qui est basé sur l’efficacité de la formation. Nos services sont centrés sur une prestation qui tient de l’investissement stratégique, non d’une dépense. Nous avons, à ce titre, déployé une approche 4REAL©, qui repose sur plusieurs leviers de performance : l’apprentissage dans la durée, l’engagement de l’apprenant via la personnalisation, le transfert de compétences en situation professionnelle… Le second, c’est notre expérience du digital. Contrairement à certains opérateurs, nous disposons de moyens sérieux pour investir dans le digital. Cette approche se traduit par le lancement, courant 2018, de notre plateforme d’apprentissage en ligne appelée « LearningHub », qui nous permet de proposer à nos clients commanditaires et leurs salariés une expérience apprenante plus performante. Aujourd’hui, 150 000 personnes l’utilisent dans le monde et accèdent, par son biais, à nos solutions de formation.

Vous avez réalisé plusieurs acquisitions ces deux dernières années : Integrata en janvier 2015, Cimes en septembre 2017. Allez-vous poursuivre cette stratégie ?

Pendant des années, nous étions à l’écoute des opportunités qui se présentaient mais nous réalisions finalement peu d’acquisitions. Depuis 2018, nous sommes davantage proactifs et nous participons à la consolidation du marché de la formation professionnelle. Nous recevons actuellement plus d’un dossier de reprise par semaine. Nous nous intéressons à ceux qui nous apporteraient une complémentarité géographique : en l’occurrence les sociétés bien implantées dans un territoire où nous sommes trop petits par rapport à la taille du marché. Nous regardons également les sociétés qui nous apporteraient une complémentarité en matière de formations métiers. Enfin, nous sommes attentifs aux sociétés de la Tech, notamment aux start-up. C’est toutefois plus difficile : investir dans une technologie est un vrai pari, cette dernière pouvant rapidement être obsolète.    

Comment répondez-vous aux enjeux de certification des formations induites par la réforme ?

Les nouveautés induites par la loi « Avenir professionnel » privilégient les dispositifs de formation en blended-learning, « on the job » et certifiants, ce qui suppose, pour les organismes de formation, une nouvelle écriture de la formation. Sur l’axe de la certification, nous adaptons notre catalogue. Nous rendons par exemple des certifications éligibles au Compte personnel de formation (CPF) dans 22 domaines de compétences comme le management, l’efficacité professionnelle, le développement personnel… Nous estimons à 60 % le pourcentage d’apprenants à qui nous proposerons une certification en 2019. Outre une tendance qui se constate au niveau mondial, la certification est donc une opportunité de business pour nous. Elle nous permet de répondre à la nouvelle définition d’une « action de formation de qualité » post-réforme.

Aurélie Tachot

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