Répondre aux candidats : une gageure pour les recruteurs ?


Le jeudi 05 décembre 2019 | Marque employeur
Répondre aux candidats : une gageure pour les recruteurs ? -
« J’ai le regret de vous informer que votre candidature n’a pas été retenue ». C’est souvent via cette phrase lapidaire que les entreprises répondent aux candidats… lorsqu’elles répondent ! Si celle-ci dédouane le recruteur, elle n’est pas bienveillante envers les candidats, qui estiment ne pas être  respectés pendant le processus RH. Un enjeu que les groupes Kiloutou et OUI.sncf ont pris à-bras-le-corps en s’équipant d’une solution d’outsourcing de réponses.

Un mois après avoir postulé, 70 % des candidats sont toujours en attente d’un signe de vie de la part du recruteur, selon Yaggo. Une aberration selon Matthieu Penet, co-fondateur de la société, qui vient de boucler une levée de fonds d’1 million d’euros. « Les entreprises dépensent de grosses sommes d’argent pour valoriser leur marque employeur et attirer les candidats. Le coût d’acquisition d’une candidature s’élève par exemple à 10,50 euros. Et pourtant, elles les maltraite juste après en ne leur répondant pas  », constate-t-il. Un écueil que plusieurs entreprises veulent désormais éviter. « Auparavant, nous avons toujours essayé de répondre à tous les candidats. C’était par le biais de notre outil de gestion de candidatures et la réponse était alors standardisée. Nous faisions donc le minimum syndical. Dans le cadre d’un chantier sur l’expérience candidat, nous nous sommes aperçus que l’insatisfaction des candidats restait importante à la sortie de notre processus de recrutement », raconte Benoit Pacceu, directeur du développement RH de Kiloutou.

Selon Yaggo, 65 % des candidats déclarent moins aimer une entreprise après y avoir postulé et n’avoir pas reçu de réponse. Pire : 39 % annoncent boycotter la marque commerciale. À l’heure où l’expérience client s’aligne sur l’expérience candidat, ces pourcentages dénotent. « Les candidats ont les mêmes attentes de considération qu’un consommateur car les codes en matière d’ergonomie ou de contenus se rejoignent », note Matthieu Penet. Un avis partagé par Arnaud Schoumacher, responsable recrutement à la DRH de OUI.sncf. « Non seulement un candidat qui a été déçu par notre expérience RH n’achètera plus ses billets de train sur OUI.sncf, mais il pourra également ternir notre marque employeur en partageant son histoire sur les réseaux sociaux.  » Un « bad buzz » qu’a déjà vécu le site d’e-commerce, dont les followers et fans n’hésitent pas à faire un parallèle entre les retards des trains de la SNCF et ceux des réponses aux candidatures. 

« Tenir nos promesses employeur »

Pour offrir une expérience bienveillante à leurs candidats, OUI.sncf et Kiloutou ont décidé de s’équiper de la solution d’outsourcing de réponses de Yaggo. « En 2018, nous avons embauché 900 personnes, essentiellement sur des métiers en tension ou pour lesquels il existe une forte pénurie : commerciaux, techniciens de maintenance, conducteurs de poids lourds… Puisque les jeunes diplômés ne pensent pas spontanément à Kiloutou lorsqu’ils terminent leurs études, nous rencontrons de vraies difficultés pour recruter et sourcer de futurs collaborateurs. Nous avons réalisé qu’il était d’autant plus important pour nous de bien traiter les candidats et de tenir nos promesses employeur. Certes, le métier de recruteur a ses propres turpitudes. Pour autant, il nous semble aujourd’hui primordial de nous mettre à la place des candidats que nous avons été un jour et de leur offrir une expérience utilisateur plus respectueuse  », résume Benoit Pacceu, qui utilise la solution de Yaggo depuis la fin du premier semestre.

Concrètement, l’outil répond à chaque candidature de manière plus « personnalisée » dans un délai de 72 heures suite à sa réception. Le message envoyé au candidat est différent selon son profil (manager, opérationnel…), son métier (marketing, commerce…), mais aussi son historique avec l’entreprise (réponse suite à l’ouverture d’un poste, candidature spontanée…). OUI.sncf utilise, par exemple, une dizaine de modèles de réponses différents. La réponse est enrichie de plusieurs conseils sur la mise en page d’un CV, la rédaction d’un intitulé de poste, le choix des mots-clés… « Nous avons désormais des retours positifs sur la considération que nous portons à nos candidats. En 2018, nous avons envoyé plus de 25 000 réponses, alors que nous avons effectué 250 recrutements et embauché une centaine d’étudiants en stage ou alternance », raconte Arnaud Schoumacher. 

« Recycler » les candidats non retenus

Pour les deux entreprises, l’utilisation de Yaggo a également été l’opportunité de se constituer un vivier de candidats. « Aujourd’hui, les candidats bénéficient systématiquement d’une réponse. Cette réponse est maintenant personnalisée et si elle est négative, le candidat bénéficie de conseils pratiques pour améliorer son CV. Enfin, la gestion de notre vivier est maintenant plus performante  : lorsque de nouveaux recrutements émergent, les profils que nous n’avons pas retenus par le passé reçoivent des informations sur les postes qui pourraient leur correspondre  », explique Benoit Pacceu de Kiloutou. « Nous nous sommes créés une communauté de candidats non retenus. Nous nous adressons à eux tous les deux mois par le biais de newsletters : non seulement nous leur envoyons du contenu spécifique sur les méthodes agiles, les métiers de la data… mais nous leur suggérons aussi des opportunités d’emploi adaptées à leur profil, dans une logique d’inbound recrutement. Cette approche nous permet de garder le lien avec nos candidats sans pour autant déshumaniser notre processus de recrutement », indique Arnaud Schoumacher. Une approche visiblement gagnante : Yaggo estime à 15 % la réduction du délai moyen de recrutement de OUI.sncf et à 20 % la baisse du budget d’acquisition des candidats grâce à la fidélisation des candidats en viviers.

Par Aurélie Tachot

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