Brigad et StaffMe : « Les plateformes digitales ne travaillent pas dans un flou juridique »


Par Aurélie TACHOT | le lundi 24 février 2020 | Emploi sur mobile
Florent Malbranche, CEO de Brigad, et Jean-Baptiste Achard, CEO de StaffMe - D.R.
Les plateformes digitales Brigad et StaffMe rapprochent les travailleurs indépendants des entreprises. Ces applications pour freelances, récemment décriées par Prism’emploi (fédération patronale de l’intérim), assurent qu’elles proposent un écosystème vertueux pour les freelancers. Les réactions parallèles de Florent Malbranche, CEO de Brigad, et de Jean-Baptiste Achard, CEO de StaffMe.

Quel est votre positionnement ?

Florent Malbranche (Brigad) : Notre coeur de métier, c’est de mettre en relation des travailleurs indépendants, appelés « Brigaders » avec des entreprises de l’hôtellerie-restauration, pour des missions de courte et moyenne durée, sans aucune forme de discrimination. Ces 6000 « Brigaders » sont des professionnels du secteur justifiant de plusieurs années d’expérience. Nous avons l’ambition d’être un acteur responsable de l’économie de plateforme. À ce titre, nous considérons le travail indépendant, couplé avec la révolution technologique, comme un formidable outil d’intégration et de valorisation sur le marché du travail. En 2019, l’équivalent de plus de 2000 emplois ont été pourvus grâce à Brigad. Preuve que notre solution répond aux besoins de ce secteur en tension.

Jean-Baptiste Achard (StaffMe) : Notre positionnement est de permettre à tous les étudiants de travailler facilement, rapidement où et quand ils le souhaitent, sans mettre leurs études en péril. Nous avons pour cela créé une plateforme qui met en relation des jeunes de 18 à 30 ans avec des entreprises pour la réalisation de prestations ponctuelles. Trois ans après sa création, notre solution est plébiscitée par plus de 150 000 utilisateurs et près de 3000 entreprises. Depuis son lancement en 2016, StaffMe a prouvé qu’elle était un tremplin vers l’emploi durable pour tous les jeunes. Grâce à notre technologie de matching, nous faisons sauter les barrières liées au manque d’expérience et aux discriminations qui existent sur le marché du travail. En réalisant des prestations via StaffMe, les micro-entrepreneurs génèrent des revenus, se professionnalisent et gagnent en employabilité, dans un cadre sécurisé.

Dans un article publié sur Exclusive RH, Prism’emploi vous accuse « de résister à l’évidence juridique en déléguant des micro-entrepreneurs au lieu de travailleurs temporaires ». Que répondez-vous ?

Florent Malbranche (Brigad) : Nous sommes une entreprise technologique qui développe une plateforme de mise en relation. Notre rôle se limite donc à simplifier et sécuriser cette rencontre. C’est un modèle légal qui est encadré par la loi Travail dite « El Khomri » de 2016*, qui définit les obligations et les responsabilités des plateformes. Nous ne travaillons donc pas dans un flou juridique. Les accusations de Prism’emploi sont graves car elles portent atteinte à l’intégrité de notre travail, brouillent le message et effrayent nos utilisateurs. La prise de position moralisatrice de cet acteur, qui défend des intérêts privés et se substitue à l’administration, est inquiétante. Le droit de travailler en tant qu’indépendant est un droit qui appartient à tous les travailleurs, quels que soient leurs compétences, leurs talents ou leurs industries.

Jean-Baptiste Achard (StaffMe) : Le modèle de StaffMe diffère en tous points de celui des acteurs du travail temporaire. StaffMe est une plateforme technologique de mise en relation par voie électronique, modèle reconnu par la loi Travail dite « El Khomri »* et renforcé par les dernières dispositions du Code général des impôts relatif aux plateformes (article 242 et suivant). C’est d’ailleurs ce qu’ont déjà affirmé à plusieurs reprises les juridictions. Ces derniers mois, Prism’Emploi mène une campagne de déstabilisation envers le travail indépendant et les plateformes de mise en relation. Dans ce cadre, le syndicat professionnel multiplie les arguments fallacieux (notamment sur l’absence de cotisations et de protections sociales). Ces accusations sont d’autant plus malvenues qu’elles témoignent d’un total revirement : il y a moins de trois ans, dans son Manifeste pour l’Emploi, Prism’Emploi souhaitait en effet « élargir et sécuriser les conditions d’exercice de l’indépendant, en renforçant la dynamique qui repose sur la grande simplicité de la mise en œuvre de ce statut ».

Le modèle que vous soutenez est-il « socialement responsable » ?

Florent Malbranche (Brigad) : Oui. Nous travaillons chaque jour à rendre cette responsabilité encore plus forte. Depuis 2016, nous automatisons un maximum d’actions afin de rendre les mises en relation fluides et rapides. Aussi, nous offrons un service plus rémunérateur pour les indépendants, à un coût raisonnable pour les entreprises. Par ailleurs, Brigad propose un écosystème vertueux aux travailleurs, notamment des formations gratuites (plus d’une centaine dispensées en 2019) et des partenariats tissés avec des mutuelles. Enfin, notons que de nombreuses plateformes comme la nôtre se développent partout dans le monde, notamment outre-Atlantique, pour répondre à cette tendance de fond qu’est la flexibilité du travail. Si ce n’est pas une start-up française comme Brigad qui s’empare du marché, ce sera un acteur étranger qui n’aura que faire des préoccupations sociales françaises. Il est donc crucial de s’unir pour faire émerger un modèle de plateforme européen pérenne et responsable.

Jean-Baptiste Achard (StaffMe) : Bien sûr ! Nous pensons que les plateformes sont d’excellents régulateurs qui permettent une sécurisation du cadre dans lequel les travailleurs indépendants exercent leurs prestations. Elles favorisent aussi une meilleure visibilité des cotisations perçues par les organismes sociaux. Les plateformes établissent des normes sociales bénéfiques pour leurs utilisateurs. Sur StaffMe, nous avons dès le départ introduit un revenu minimal horaire qui est aujourd’hui de 13,20€, soit plus de 40 % que le SMIC horaire, après paiement des cotisations. En termes de protection des travailleurs, nous avons souscrit à une responsabilité civile professionnelle et une assurance pour les accidents du travail. En parallèle, via notre organisme de formation (StaffMe Academy), nous accompagnons les jeunes indépendants dans le développement de leurs parcours professionnels. Ce cadre responsable et protecteur explique en partie la satisfaction de nos jeunes utilisateurs qui perçoivent notre plateforme comme une opportunité unique d’accès au marché du travail.

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*Référence à la loi numéro 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels, dite « loi Travail » ou « loi El Khomri » du nom de Myriam El Khomri, ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, entre septembre 2015 et 2017 (gouvernement Valls, sous la présidence de François Hollande).

 

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