Blockchain, RH et formation : où en est-on ?


Le vendredi 15 février 2019 | Digital Learning
Blockchain, RH et formation : où en est-on ? - D.R.

 

La blockchain est annoncée comme une révolution aussi cruciale qu’Internet en son temps. Longtemps nébuleuse dans l’esprit des non-initiés faute d’applications concrètes, cette technologie stimule un écosystème qui promet de reconfigurer les relations entre employeurs d’un côté et candidats, freelances ou apprenants de l’autre. Tour d’horizon des initiatives.

La blockchain, c’est quoi déjà ?

Quand on parle de blockchain, on a tendance à penser d’emblée aux bitcoins. Pas étonnant, puisque cette cryptomonnaie est née sur une blockchain qui désormais porte son nom. Aujourd’hui, il existe de multiples blockchains, qui peuvent être publiques et ouvertes à tous, comme Bitcoin ou Ethereum, ou bien privées dès lors qu’elles sont gérées localement par des organisations ou des entreprises. A cet égard, le cas de la blockchain développée par Carrefour pour garantir une totale transparence sur la traçabilité de ses poulets est un bon exemple. Fonctionnant sur la base d’une chaîne de blocs de données encryptés les uns aux autres, la blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, qui fonctionne sans organe central de contrôle. « La blockchain repose sur la notion de transaction sans tiers de confiance : les utilisateurs peuvent effectuer rapidement des échanges totalement sécurisés, transparents et sans intermédiaire. Grâce aux smart contracts, elle s’applique désormais à tous les métiers », résume Jean-Luc Lasquellec, fondateur d’une agence digitale spécialisée dans la blockchain.

Trois applications concrètes dans le secteur emploi/RH/formation

1.    Authentifier et dématérialiser les diplômes ou attestations de formation

C’est le terrain de jeu le plus évident (et sans doute le plus mature) de la blockchain dans la sphère RH en France. « Quiconque s’est déjà amusé à taper « acheter un diplôme » sur Google comprend d’emblée l’intérêt de la blockchain« , observe Jean-Luc Lasquellec.

Commercialisée depuis fin 2018, la plateforme SaaS de la start-up française BCDiploma permet aux acteurs de l’enseignement supérieur et aux organismes de formation de  »dématérialiser les diplômes et attestations de manière fiable et pérenne, avec accès à toutes les preuves d’authenticité« , explique Luc Jarry-Lacombe, son CEO. Le titulaire du diplôme reçoit un lien sécurisé, avec un code infalsifiable dont il est propriétaire. Ainsi, à l’autre bout de la chaîne, le recruteur peut, depuis un simple lien sur LinkedIn par exemple, accéder au diplôme digitalisé et autoporté du candidat, lisible en temps réel sur la blockchain Ethereum.  »Notre valeur ajoutée, c’est la « donnée certifiée conforme ». On sait très bien que n’importe quel document ou PDF peut être trafiqué« , indique BCDiploma. Pour les écoles clientes, comme l’IAE de Nantes ou l’ESCP-Paris, ce service permet à la fois sécuriser leurs diplômes tout en facilitant la dématérialisation du processus de diplomation.

2.    Désintermédier la relation employeur-freelance

Jusque-là, quand une entreprise cherchait un freelance, elle faisait généralement appel à une plateforme de mise en relation type Malt, qui se rémunère par une commission. Basée sur la blockchain, la start-up française Talao.io propose de mettre employeurs et freelances gratuitement en relation, sans intermédiaire. Ce dispositif décentralisé certifie en outre les compétences des freelances. Les parties prenantes contribuent elles-mêmes à la gouvernance de la plateforme avec un système de votation. En recommandant d’autres freelances, les utilisateurs peuvent ainsi gagner des tokens…. et donc faire grandir la communauté.  

3.    Encourager l’acquisition de compétences pénuriques

Comment une entreprise peut-elle former rapidement des individus sur une compétence IT très pointue qu’elle ne parvient pas à pourvoir ? La start-up lituanienne Bitdegrees a développé une plateforme qui ressemble à première vue à une sorte de Coursera sur la blockchain, avec un accès gratuit à des dizaines de modules de formation IT. Derrière cette première couche de valeur se cache un dispositif sophistiqué, qui permet à une entreprise « sponsor » de mettre en jeu une récompense destinée à ceux qui feront l’effort de se former, sur la compétence dont elle a besoin. Ceux qui valident les différents niveaux de la formation décrochent la récompense. La plateforme se porte garante de la transparence du processus. En somme, grâce à ce système gamifié sur la blockchain, les développeurs ne vont plus se former seulement pour acquérir une compétence donnée qui répond à un besoin urgent sur le marché, mais aussi pour obtenir des tokens transformables en argent sonnant et trébuchant !

Gaëlle Fillion

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