« Consolider l’apprentissage grâce aux neurosciences »


Par Aurélie TACHOT | le lundi 04 novembre 2019 | Digital Learning
Cog'X - DR
En nous éclairant sur le fonctionnement de notre cerveau, les neurosciences et les sciences cognitives impactent positivement les processus de formation, notamment de mémorisation des savoirs. De quelle manière ? Les réponses de Marie Lacroix, co-fondatrice du cabinet de conseil Cog’X, spécialisé dans les sciences cognitives.

Quelles stratégies d’apprentissage sont-elles validées par les neurosciences ?

D’après les travaux en neurosciences et sciences cognitives, un apprentissage efficace repose notamment sur deux piliers : l’effet testing et l’effet spacing. Le premier effet est le fait de se remémorer une information régulièrement afin d’interrompre le processus naturel de l’oubli. Cette technique basée sur le test et les feedbacks permet d’ajuster ses savoirs et savoir-faire, et de corriger les erreurs. Pour le même temps d’apprentissage, le test permet une meilleure consolidation de la mémoire dans le temps, permettant ainsi de mobiliser les compétences associées sur le long terme. Elle est tout aussi valable pour mémoriser un geste qu’une connaissance. Les modalités d’apprentissage basées sur les études de cas, les jeux de rôles, les escape games, où l’apprenant est actif, s’appuient sur cet effet testing. Le second effet - le spacing - consiste à espacer les séances d’apprentissage dans le temps. Cette approche est aujourd’hui facilitée par les outils à distance et des sessions récurrentes en e-learning par exemple. Repartir les sessions d’apprentissage favorise, là aussi, la mémorisation sur le long terme en contrant le phénomène naturel de l’oubli. 

Les émotions ont-elles un impact sur la qualité de l’apprentissage ?

Oui, plus l’apprenant ressent des émotions fortes, mieux il mémorise. Toutefois, il faut être prudent : il se souviendra surtout de ce qui aura provoqué cette émotion, pas forcément du message que la formation aura voulu transmettre. Pour favoriser l’apprentissage de l’apprenant, il est important de lui suggérer des activités plaisantes, comme par exemple des activités durant lesquelles les interactions sociales sont fortes et l’esprit d’équipe valorisé, afin de susciter des émotions positives comme la joie. Par ce biais, il est possible d’augmenter l’engagement d’un apprenant vis-à-vis de son apprentissage. Certaines nouvelles technologies comme la réalité virtuelle peuvent, dans des cas précis, accélérer le processus d’apprentissage, de par les émotions qu’elle véhicule et le caractère immersif qu’elle induit. La réalité augmentée, qui projette l’apprenant sur son lieu de travail peut, elle aussi, faciliter l’apprentissage de gestes et de procédures complexes. Il est toutefois important de bien cibler la situation dans laquelle cette nouvelle technologie peut avoir une vraie valeur ajoutée. 

Au-delà de la formation, nos modes de travail peuvent-ils être améliorés grâce aux enseignements en neurosciences ? 

L’étude du cerveau et des comportements nous offre beaucoup d’enseignements sur l’environnement de travail, les risques liées à l’hyper-connexion, la fatigue mentale, la collaboration, la créativité et bien sûr l’apprentissage… Des compétences transverses ou soft-skills, comme la capacité d’apprendre, de s’organiser et de se protéger dans un monde hyperconnecté, de collaborer et d’innover sont aujourd’hui au cœur des besoins de l’entreprise. Avec l’avènement des outils digitaux, qui envoient des notifications toute la journée, les salariés se retrouvent souvent à passer rapidement d’une tâche à l’autre, ce qui a pour impact de diminuer leurs performances sur ladite tâche et d’accélérer l’accumulation de fatigue mentale. L’étude du cortex préfrontal, une zone du cerveau impliquées notamment dans les fonctions exécutives, c’est-à-dire liées à la planification de tâches et leur exécution (concentration, prise de décision, etc.), montre que la fatigue mentale modifie l’activité dans cette région et impacte donc notre capacité à rester efficace mais aussi serein. Il n’est en effet pas possible de maintenir ses performances en restant concentré longtemps sur une même tache, ni de faire efficacement deux tâches complexes à la fois. Aussi, il est important d’alterner des tâches différentes sur des laps de temps longs (compris par exemple entre 30 minutes et deux heures) ou de faire des pauses.

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